Face à la crise énergétique qui ne fait que commencer, le coût des énergies pour se chauffer, pour se rendre à son travail va être très impactant sur le pouvoir d’achat des ménages, la capacité des familles à répondre à leurs besoins premiers : se nourrir, se vêtir, pourvoir à l’éducation de leurs enfants...
Cette problématique est d’autant plus préoccupante sur les territoires ruraux, dans nos campagnes où nous avons affaire à un parc immobilier individuel, donc plus onéreux à atteindre le confort thermique et où les bassins d’emplois sont souvent distants de plusieurs dizaines de kilomètres du lieu de résidence entraînant des coûts considérables de carburants et de maintenance des véhicules...
Les chiffres officiels (*) de la précarité énergétique font mention de 3,4 millions de foyers français qui consacrent plus de 10 % de leurs ressources notamment à leur chauffage. Cette précarité qui ne concernait jusqu’ici que les foyers les plus modestes touche maintenant les classes moyennes supérieures.
La collectivité finance à hauteur de 80% le Fond solidarité logement, qui consacre environ 100 millions d’euros par an au volet «énergie», auxquels il faut ajouter d’autres coûts sociétaux, tels les actes médicaux du fait du froid, de l’humidité, des moisissures.
C’est pour cela que l’objectif impérieux de se loger ne doit pas cibler l’habitation la moins chère à l’acquisition, mais celle qui consomme le moins. Or le budget admis par les ménages les plus modestes pour l’acquisition de leur maison est insuffisant pour l’obtention d’une performance thermique pouvant faire face à l’augmentation implacable du coût des énergies. La facture énergétique du ménage, ajoutée au remboursement des traites du crédit immobilier sera préjudiciable au pouvoir d’achat, à la qualité d’alimentation, de soin et d’éducation.
Il ne faut pas que le rêve de l’accession à la propriété devienne un cauchemar favorisant les situations de surendettement, la précarité énergétique, le déni de soin, l’absence d’accompagnement des enfants à la vie sportive et culturelle.
Or l’accession à la propriété est toujours considérée par les Français comme un moyen de se constituer un capital, notamment pour la retraite. Cependant le bien immobilier considéré comme « épave énergétique » d’ici quelques années sous la pression des coûts des énergies toujours croissants, sera difficilement valorisable et ne répondra pas à cet objectif. Aujourd’hui, du fait des nouvelles normes de construction et de réhabilitation, l’Habitat à Loyer Modéré est souvent mieux loti en matière de qualité énergétique que la maison individuelle. On peut alors se demander si les familles ayant opté pour la location de leur logement n’auront pas l’avantage.
Dans cette perspective, les élus pourraient avoir à gérer des villages désertifiés, affublés ainsi de constructions vides, sans valeur et dénaturant le patrimoine architectural. Réduire la facture énergétique des ménages s’impose alors comme un sujet de service public.
Pour accompagner ce virage sociétal, plusieurs mesures peuvent être envisagées :
· Les banques pourraient considérer, non plus le seul montant d’investissement du bien immobilier, mais une valeur globale incluant les coûts de fonctionnement du logement sur la période des remboursements - on évalue les coûts de fonctionnement d’une maison individuelle construite en parpaing (sur 30 ans) à la même valeur que son prix d’acquisition – le prix de revient d’une maison individuelle en parpaing double à l’échéance du prêt, sans compter les frais d’emprunts.
· Les collectivités ont la lourde charge d’élaborer un Plan Local d’Urbanisme. Or les temps ne sont plus à l’expansion urbaine, à l’étalement des zones pavillonnaires au détriment des terres arables, en faveur de quelques propriétaires terriens réjouis de tirer un profit ponctuel de la transformation de leur bien en terrain à bâtir. Si la croissance démographique nous entraine à accroître notre capacité de logements, les élus ont le devoir de repenser la croissance de leurs villes et leurs villages autrement. Entre expansion et croissance, la subtilité est de taille.
· Enfin, les entreprises doivent favoriser l’émergence de nouvelles organisations du travail pour optimiser les trajets quotidiens. L’engagement de performance ne devrait-il pas primer sur le contrat horaire ? Il est peut-être temps d’oser revoir quelques fondamentaux de notre code du travail, de bousculer certains modes de pensée archaïques. Sinon comment envisager de développer le télétravail ? Ainsi le bénéfice financier (**) du télétravail pour l’entreprise pourrait permettre en partie le financement du logement en plus de la promesse d’embauche de personnel supplémentaire.
Une approche systémique (logement, travail, mobilité, …) plaçant l’Homme au cœur de la vie économique, sociale et politique est nécessaire pour guider la réflexion et l’action des politiques publiques et des acteurs économiques vers la définition et la mise en place de solutions réalistes et pérennes.
* : janvier 2010. Marie Moisan, chargée de mission «précarité énergétique» au CLER souligne que ces statistiques «ne prennent pas en compte ceux qui ne peuvent plus payer, et qui ne se chauffent plus du tout. Il faudrait réévaluer ce chiffre aux alentours des 4 ou 5 millions de ménages touchés».
** : les services fiscaux évaluent un facteur de 1,75 entre le coût total environné et le coût du salaire brut chargé.
