jeudi 10 février 2011

Conduire une politique publique centrée sur le local pour répondre à la globalisation des marchés.


En d’autres termes : Think global - Act local.
Dans le contexte actuel de réforme fiscale et de réforme territoriale, les collectivités s’interrogent sur leurs ressources de développement économiques, en termes d’attractivité et de compétitivité, deux notions, à bien définir avant d’engager une stratégie de développement local.
Tout d’abord, qu’entendons-nous par « compétitivité territoriale » ?
Dans son sens littéral, être compétitif signifie “être capable de supporter la concurrence du marché”, ce qui revient à considérer la seule composante économique. Mais peut-on dire pour autant qu’un territoire est compétitif, si la création de richesses se fait au détriment des conditions sociales et sans se soucier de la préservation des ressources naturelles ?
Une réponse consiste à donner un sens plus large à celui de compétitivité, pour rejoindre la notion de performance globale : un territoire est compétitif si son développement économique lui permet, à la fois de faire face à la concurrence du marché, mais aussi d’accroître sa performance environnementale, sociale et culturelle.
La compétitivité territoriale passe inéluctablement par l’aménagement du territoire et nécessite une bonne dotation de services et d’infrastructures, mais un niveau élevé de qualité de la vie et de l’environnement sont aussi efficaces pour conserver les entreprises locales sur place.
Quel objectif donner à l’ « attractivité territoriale » ?
L’attractivité territoriale est encore trop souvent assimilée à un développement local exogène, qui concentre ses efforts et les investissements publics à la capture d’entreprises extérieures au territoire.
Il est vrai que l’installation d’une entreprise étrangère génère une communication très supérieure à celle qui relate les succès d’une entreprise locale. Et pourtant, tous les jours, la presse stigmatise la délocalisation d’entreprises installées récemment par le biais de politiques d’incitations fort couteuses, et relance le débat sur la pertinence des aides publiques mises en rapport avec le retour sur investissement.
Des efforts considérables en matière d’aménagement du territoire et une politique marketing territoriale soutenue sur le long terme, sont souvent nécessaires pour capter des investisseurs entrants, qui ne sont ni les plus stables, ni les plus fiables - une entreprise qui s’est délocalisée une fois par opportunisme, sera tentée de recommencer.
La concurrence entre territoires ne crée pas de valeur. Tout au plus, elle la déplace.
La politique de développement local exogène conduit à penser le territoire comme une ressource monnayable et incite les investisseurs entrants, de plus en plus rares, à faire jouer la concurrence entre plusieurs territoires et à faire monter les enchères en matière d’aides.
Ce modèle engendre un comportement de rivalité/surenchère entre territoires, qui pousse les autorités publiques territoriales à exercer un dumping fiscal (exonération de certaines taxes), sans pour autant être assuré de pérenniser les investissements publics et parfois sans tenir compte des externalités négatives induites sur le plan social ou environnemental.
Du point de vue des entreprises, le territoire est alors considéré comme compétitif lorsqu’il offre des ressources peu coûteuses (bas niveau des salaires, flexibilité du travail, …) qui leur permettent de diminuer leurs coûts d’implantation et de production.
Le développement exogène : des perspectives limitées.
Ayons conscience que, même en période de croissance, le « marché du développement exogène » est faible : plus de 90% des entreprises concrétisent leurs projets de développement in situ ou dans un rayon inférieur à 30 km.
Quant aux implantations d’entreprises étrangères, elles étaient au nombre de 523 en 2008 (641 en comptant les projets d’extension d’entreprises étrangères déjà implantées sur notre sol). Avec la crise financière et économique, l’année 2009 enregistrait une baisse des flux d’IDE (IDE) entrants en France de 35,5 % par rapport à l’année 2008, elle-même en baisse de 3 % par rapport à 2007.
Des chiffres relativement favorables qui demandent cependant à être pondérés au vu des inégalités des territoires : les quatre premières régions, Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais et Rhône-Alpes, captent 58% des emplois potentiellement créés par ces entreprises.
Un Développement économique endogène, porteur d’avenir pour répondre à la globalisation de l’économie.
La compétitivité du territoire peut aussi se disputer sur le plan des ressources endogènes.
En opposition au développement exogène basé sur l'attractivité de ressources extérieures, le développement endogène privilégie les ressources locales. C’est une démarche volontariste, qui conçoit le développement comme une approche partant de l’existant - on parle de développement « bottom up » (de bas en haut), et qui promeut le territoire comme lui-même producteur de richesse.
Il se construit sur une forte part de collectif et de coopératif : partage d'information au travers de synergies locales, apprentissage collectif résultant des interactions entre acteurs, et sur un développement en réseau particulièrement adapté au tissu des PME… autant de facteurs que les acteurs publics ont à charge de susciter et d’animer.
Le développement endogène nécessite de construire une attitude positive de la société avec l’ensemble des acteurs économiques et sociaux.
Conduire un développement économique combinant l’exogène et l’endogène, en privilégiant un tissu de PME/PMI.
A comparer ces deux modes de développement, chacun présente ses avantages et ses inconvénients.
Si le développement exogène requiert des investissements plus importants en matière d’aménagement du territoire et une politique marketing territoriale innovante et surtout soutenue sur le long terme, il a l’avantage d’une part, d’être porteur d’image et d’autre part de favoriser la diversité en intégrant de nouveaux secteurs d’activités, de nouvelles pratiques, etc.
Or la diversité économique est essentielle au bon fonctionnement du développement local, notamment pour permettre d'absorber d'éventuelles crises sectorielles.
Plutôt que d’utiliser le levier des incitations financières sur les investisseurs entrants, le développement endogène favorise les ressources locales moins gourmandes.
Cependant il repose sur des valeurs difficilement quantifiables : culture, confiance, réciprocité et solidarité, qui cependant se révèlent toutefois plus pérennes que le capital financier particulièrement volatile.
En outre, il privilégie les petites et moyennes entreprises, qui sont les moins susceptibles de se délocaliser et qui par leur présence peuvent dynamiser un territoire et attirer finalement des investisseurs plus importants, et qui sont donc garantes d’un développement économique durable.