L’étude que j’ai conduite sur la période 2008-09 auprès des entreprises du département de l’Aube(*), m’avait laissée penser que les politiques publiques incitant les entreprises et les collectivités à l’innovation incrémentale, étaient inadaptées eu égard aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux de l’époque(**). Cette réflexion m’avait inspiré mon titre « Sortir du faire un peu mieux, polluer un peu moins ». Combien de fois alors, m’a-t-on opposé l’argument « il ne faut pas tout casser d’un coup » !
J’ai été interpellée par l’interview de John P. Kotter, professeur émérite à la Harvard Business School, paru ce mois-ci dans le magazine L’entreprise, sous le titre « Innovez, par grands bonds ! »
Si l’urgence d’innover fait l’unanimité, encore faut-il définir le mode et la cadence de l’innovation.
Face à la rapidité et l’ampleur des mutations sociétales et de globalisation des marchés, démultipliant les occurrences de nouveautés, et de façon générale, l’accélération du temps, nous devons opposer une innovation non pas de petits pas, mais bel et bien des changements de paradigmes. Il faut innover par sauts systémiques, dans nos stratégies de développement, nos schémas d’organisation et de management, le sens et la conception des produits et des services, en intégrant la notion de vitesse. Notons, qu’il s’agit bien d’innovation conceptuelle, organisationnelle, managériale, et pas seulement technologique.
Si nos innovations ne sont pas assez rapides pour devancer ces changements, alors les efforts, les ressources et les financements dévolus à l’innovation ne verront pas de retour sur investissement. En d’autres termes, les dépenses d’aujourd’hui, dont la plus part sont de nature publique, sont inefficaces donc préjudiciables.
Ne pas confondre rapidité et agitation !
En effet, repenser le changement en intégrant le moyen/long terme, relève davantage de l’audace !
Imaginer les directions sociétales de demain, nécessite de se fier aux études prospectives et d’accepter les risques qui y sont associés. L’audace n’est-elle une des qualités premières de l'entrepreneuriat ? Viennent ensuite la vision, l’intuition, l’instinct, …, autant de valeurs écartées au bénéfice de la gestion, du quantifiable, du mesurable, …, qui ont pris le pas depuis deux décennies sous la pression d’un actionnariat ayant l’œil rivé sur le profit à court terme. Réinventons donc l’Entrepreneur ! Il saura innover par grands bonds.
* : Mission de sensibilisation au Développement Durable conduite pour la DRIRE (ex-DIRECCTE) de Champagne-Ardenne et la CGPME de l’Aube. Interview d’une centaine de chefs d’entreprises